Transaminases s g p t basses ou élevées : que peut révéler ce bilan ?

Les transaminases SGPT, aujourd’hui appelées ALAT (alanine aminotransférase), sont des enzymes présentes principalement dans les cellules du foie. Leur dosage dans le sang ne mesure pas la « fonction hépatique » au sens strict : il signale une souffrance cellulaire ou cytolyse hépatique, c’est-à-dire une destruction anormale des cellules du foie qui libère ces enzymes dans la circulation sanguine.

Cette distinction change l’interprétation du bilan. Un taux de transaminases SGPT perturbé peut exister sans insuffisance hépatique réelle, et inversement, un foie en difficulté peut encore afficher des valeurs proches de la norme.

ALAT et ASAT : deux enzymes hépatiques à ne pas confondre

Le bilan hépatique dose généralement deux transaminases. L’ALAT (ex-SGPT) est concentrée quasi exclusivement dans le foie. L’ASAT (ex-SGOT) se retrouve aussi dans le muscle cardiaque, les muscles squelettiques et les globules rouges.

En pratique, cette répartition tissulaire a une conséquence directe : une élévation isolée de l’ASAT peut provenir d’une lésion musculaire ou d’un effort physique intense, alors qu’une élévation de l’ALAT oriente plus spécifiquement vers une atteinte du foie. Le rapport entre les deux (rapport ASAT/ALAT, parfois appelé rapport de De Ritis) aide le médecin à affiner son hypothèse diagnostique.

Quand l’ALAT dépasse l’ASAT, le profil évoque plutôt une stéatose ou une hépatite virale chronique. Quand l’ASAT domine nettement, le médecin suspecte une atteinte liée à l’alcool ou une pathologie musculaire.

Technicienne de laboratoire analysant des tubes de sang pour mesurer les transaminases SGPT dans un bilan hépatique

Transaminases SGPT élevées : les causes fréquentes et les pièges du dosage

Une augmentation modérée des transaminases (inférieure à cinq fois la limite supérieure de la norme) concerne une part notable de la population générale. Moins de 5 % de ces patients présentent une maladie hépatique sévère selon les données disponibles. La cause la plus courante dans les pays industrialisés est désormais la stéatose hépatique métabolique (MASLD), anciennement appelée « foie gras non alcoolique ».

Causes hépatiques classiques

  • La stéatose hépatique liée au syndrome métabolique (surpoids, diabète de type 2, dyslipidémie) représente la première cause hors alcool d’élévation chronique des transaminases ALAT.
  • La consommation régulière d’alcool reste une cause fréquente, avec un profil biologique où l’ASAT dépasse souvent l’ALAT, accompagné d’une élévation de la gamma-GT.
  • Les hépatites virales B et C chroniques provoquent une cytolyse parfois modérée mais persistante, détectable sur plusieurs bilans successifs.
  • Les lésions hépatiques médicamenteuses (paracétamol à doses élevées, statines, anti-inflammatoires, certains antibiotiques) peuvent élever les transaminases de façon transitoire ou prolongée.

Faux positifs à connaître

Un entraînement de musculation ou un effort physique intense dans les 24 à 48 heures précédant la prise de sang peut élever l’ASAT de manière significative, sans aucune atteinte hépatique. Ce faux positif est fréquent chez les sportifs et brouille l’interprétation si le médecin n’est pas informé.

L’hémolyse de l’échantillon sanguin (destruction des globules rouges pendant le prélèvement) libère aussi de l’ASAT et fausse le résultat. Un deuxième prélèvement dans de bonnes conditions suffit alors à lever le doute.

Transaminases SGPT basses : un résultat rassurant ou pas forcément

Un taux de transaminases bas est rarement commenté sur les comptes rendus de laboratoire. La majorité des patients et des médecins se concentrent sur les valeurs hautes. Des enzymes hépatiques basses méritent pourtant une lecture attentive dans certains contextes.

Par définition statistique, 2,5 % de la population « saine » se situe en dessous de la limite inférieure des valeurs de référence. Un résultat bas isolé, chez une personne sans symptôme ni antécédent, n’a donc souvent aucune signification pathologique.

En revanche, des transaminases très basses peuvent s’observer dans des situations particulières : carence en vitamine B6 (cofacteur nécessaire à l’activité de l’ALAT), insuffisance rénale chronique, ou chez des patients sous dialyse. Dans ces cas, le taux bas ne traduit pas un foie en meilleure santé mais une diminution de l’activité enzymatique elle-même.

Résultats d'une prise de sang avec les valeurs de transaminases SGPT sur un bilan hépatique posé sur un bureau

Seuils de référence des transaminases : pourquoi la « norme » peut induire en erreur

Les valeurs de référence affichées sur un compte rendu de laboratoire varient d’un établissement à l’autre. Elles dépendent de la technique de dosage utilisée et de la population de référence sélectionnée pour établir la norme.

Plusieurs sociétés savantes, notamment l’American College of Gastroenterology (ACG), ont proposé des seuils corrigés plus bas que ceux habituellement utilisés par les laboratoires. Cette révision vise à détecter plus tôt les atteintes hépatiques débutantes, en particulier chez les personnes présentant un surpoids ou un syndrome métabolique.

Un patient dont l’ALAT se situe « dans la norme » du laboratoire peut donc se trouver au-dessus du seuil recommandé par ces sociétés. Cette situation concerne particulièrement les personnes diabétiques de type 2 ou en surpoids, chez qui une stéatose hépatique débutante passe facilement inaperçue si le médecin se fie uniquement aux bornes du laboratoire.

Bilan hépatique complet : quels examens au-delà des transaminases

Les transaminases SGPT ne suffisent pas à caractériser une atteinte du foie. Le bilan hépatique standard associe d’autres marqueurs qui orientent vers le type de lésion.

  • La gamma-glutamyltransférase (gamma-GT) augmente en cas de cholestase (obstruction des voies biliaires) et lors de consommation chronique d’alcool.
  • La phosphatase alcaline (PAL) complète l’exploration d’une cholestase et aide à distinguer une atteinte hépatique d’une atteinte osseuse.
  • La bilirubine, dosée en cas de suspicion de cholestase ou d’hémolyse, reflète la capacité du foie à conjuguer et éliminer ce pigment.
  • Les tests non invasifs de fibrose hépatique (score FIB-4, FibroScan) évaluent le degré de cicatrisation du foie, une information que les transaminases seules ne fournissent pas.

Le médecin croise ces résultats avec le contexte clinique : antécédents, traitements en cours, consommation d’alcool, indice de masse corporelle. Un taux isolé de transaminases, qu’il soit haut ou bas, ne constitue jamais un diagnostic à lui seul.

Un dosage ponctuel anormal justifie généralement un contrôle à quelques semaines d’intervalle, après avoir écarté les causes transitoires (effort physique, prise médicamenteuse récente, hémolyse de prélèvement). La persistance d’une anomalie sur deux bilans espacés oriente alors vers des explorations complémentaires ciblées, adaptées au profil du patient et au type de perturbation observée.

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